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Journaliste et blogueur : Une équation difficile au Cameroun

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A chacun son blog

C’est une tendance qui s’installe progressivement dans la presse au Cameroun. Quelques journalistes en marge de leur travail quotidien, alimentent leurs blogs. C’est une sorte de journal individuel sur Internet (qui se crée gratuitement), où on y met des opinions personnelles ou des infos de toute nature. Tout dépend de son administrateur. Au Cameroun, contrairement aux pays développés, des journalistes qui les tiennent, y mettent très souvent leurs papiers et rarement leurs opinions. Le Messager fait une incursion dans cet univers et constate que beaucoup de journalistes abandonnent leurs blogs, aussitôt crées. L’un d’eux par contre se démarque. Frank William Batchou, puisqu’il s’agit de lui, a reçu de l’Organisation non gouvernementale, African foundation awards, le 20 juillet 2013 dernier, le prix du meilleur bloggeur 2012 au Cameroun ; pour 1600 publications en 5 ans. Nous sommes allés à sa rencontre. Il nous confie ses joies, difficultés et projets en tant que bloggeur. Pour compléter ce travail, Le Messager a sollicité l’éclairage de celui qu’on pourrait qualifier comme l’un des précurseurs de cette tendance dans la presse au Cameroun, Edouard Tamba. Ce dernier explique s’il y a nécessité ou non pour un journaliste du 21ème siècle, d’avoir un blog. Lisez plutôt!

A.T.

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Journaliste et blogueur : Une équation difficile au Cameroun

Beaucoup de journalistes camerounais, abandonnent leurs blogs, aussitôt qu’ils l’ont crées, certains préfèrent même ne pas en créer un, du fait de leurs programmes saturés et ceux qui s’engagent à alimenter les leurs au quotidien, prêtent le serment des nuits blanches.

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Dur ! De concilier le travail de journaliste à celui de blogueur au Cameroun. Du moins, pour le moment. Ils sont nombreux ceux qui « oublient » leur blog, à peine créé.  A chaque fois, les auteurs de cette démission, évoquent la même raison, le temps. «Je n’ai pas le temps d’alimenter mon blog. Je dois aller en reportage, écrire mes textes…ce n’est pas évident en plus d’alimenter mon blog», confie William Tchango, reporter sur le site Internet, Mboa.info. C’est le cas également de Carole Leuwe, rédacteur-en-chef, de radio Nostalgie dont la dernière publication dans son blog date du 17 octobre 2012. Cette dernière ne voit curieusement pas en cette absence de publication, un problème ; même si elle reconnaît que ce silence comporte des inconvénients : «C’est vrai que quand on ne publie pas tout le temps, les gens visitent moins le blog mais j’en ai créé un pour partager avec le monde ce qui me plaît. Donc, je ne me vois aucune obligation de l’alimenter régulièrement, ça doit me venir de l’intérieur l’envie d’écrire».

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Un avis que Sandrine Yamga de radio et télévision Equinoxe ne partage pas parce que, soutient-elle, il est important d’alimenter son blog régulièrement. Elle n’en a pas encore, mais préfère abstenir pour le moment, au risque de faire des infidélités à ses lecteurs, du fait de son «emploi de temps très chargé». C’est pour des raisons d’exigences par contre qu’Alain Njipou du quotidien Le Messager et Théodore Tchopa de quotidien Le Jour, renoncent à l’idée de créer un blog : «il ne suffit pas de créer un blog, il faut l’entretenir d’information neuves et croustillantes. Autant mieux ne pas en avoir s’il faut écrire tout et n’importe quoi comme c’est souvent le cas», conviennent-ils.

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A côté des facteurs temps et exigence qui rendent timides, la montée des blogs au Cameroun, beaucoup de journalistes n’en voient pas l’intérêt. C’est le cas de Sandrine Tonlio Tiako du quotidien Mutations et Blaise-Pascal Dassie du quotidien Le Messager. Ces derniers admirent certes ceux qui tiennent des blogs pour leur passion et énergie, mais soutiennent que c’est un travail à perte qui n’a aucun revenu. Louis-Roger Nouadjeu de Canal2 International, ne rêve même pas d’avoir un blog, pour la simple raison qu’il n’est pas un as du net. La preuve explique-t-il, «j’ouvre occasionnellement ma boîte e-mail où je trouve souvent des centaines de messages, à plus forte raison, un blog qui nécessite du temps et dont je ne vois pas l’intérêt».

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Radio France international (Rfi)

Mathias Ngamo Mouende, reporter au quotidien Le Jour et Hervé Villard Njiele du quotidien La Nouvelle Expression, font partie des journalistes camerounais qui ont fait de l’alimentation de leurs blogs, un travail en marge de leurs préoccupations quotidiennes. Pour ce faire, expliquent-ils, ils sont obligés de dormir tard la nuit, dépenser en temps, énergie et argent pour collecter, écrire les articles et payer une connexion Internet quand ils ne squattent pas celle de leurs entreprises dont le débit est souvent faible. Mais pourquoi s’obstinent-ils tant à le faire ? Par passion, par soucis d’archivage et de visibilité, répond Mathias Ngamo Mouende.

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Cette visibilité a permis  d’ailleurs à sa collègue, Josiane Kouagheu (stagiaire au journal Le Jour) de bénéficier d’une formation en mai 2013 au Sénégal. Elle avait été sélectionnée parmi les bloggeurs du monde par Radio France international pour participer à cette formation, qui lui a été d’un grand apport : «Je fais des rencontres avec des bloggeurs des quatre coins du monde qui ont partagé avec moi leurs expériences», confie-t-elle. Il est important de préciser que cette dernière contrairement aux autres bloggeurs, ne publient pas ses articles qu’elle trouve «froids et figés» dans son blog, mais plutôt, «mes opinions par rapport à l’actualité nationale et internationale». Elle n’est cependant pas à l’abri des problèmes que rencontrent les bloggeurs camerounais. Ces derniers espèrent à l’avenir, intéresser les entreprises locales pour des annonces comme c’est déjà le cas dans d’autres pays d’Afrique l’instar du Nigeria, où des bloggeurs vivent déjà des revenus de leurs blogs.

Adeline TCHOUAKAK

Focal

Libertinage…

Il convient de remarquer que la liberté qu’offre l’administration des blogs sur Internet, ne fait forcément pas de ces espaces, des pages conseillées. Parce que les articles sont lus et relus parfois par la même personne, on y retrouve très souvent des coquilles,  de graves fautes de grammaire et de sémantique. Il n’y a aucune limite dans les contenus de ces blogs (qui n’engagent que leurs auteurs), contrairement aux médias conventionnels où il faut respecter en plus de la ligne éditoriale, les lois du pays. Une sorte de melting pot et meli mélo que certains qualifient de « grand n’importe quoi». Egalement, la mise en forme de ces pages n’est parfois pas régulière, moins encore attrayante. La fiabilité même des informations qu’ils contiennent est parfois remise en cause. Quelques manquements que des bloggeurs camerounais, pourraient corriger grâce à des séances de formation.

A.T.

 

Frank William Batchou : Passionné depuis 5 ans…

C’est en 2008 que le jeune journaliste Frank William Batchou s’est lancé dans l’univers des blogs, avec comme objectif, publier ses articles censurés. Un challenge qui lui a valu une récompense en juillet 2013.

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La belle épopée commence le 27 août 2008. Alors stagiaire au quotidien Le Messager agence de Yaoundé, le jeune étudiant en journalisme à l’Institut Siantou supérieur, voit ses articles censurés. Frank William Batchou se met donc à chercher sur Internet des sites où il pourrait proposer ces articles qui n’intéressent pas le journal. C’est alors qu’il «tombe sur le blog d’Edouard Tamba qui était mon chef à l’époque», précise-t-il. C’est ce dernier qui l’oriente. Excité, il crée sur le champ, quatre blogs mais «seul l’administration overblog où je suis actuellement me parait facile à gérer». Le 27 août 2008, il publie son premier article sur Françoise Mbango, médaillée d’or des jeux olympiques au triple saut.

Libre, facile et personnel, le jeune bloggeur prend plaisir à s’autocensurer et soumettre à la critique populaire, ses avis et articles. «Ce qui est passionnant dans ce travail, c’est le fait de recevoir le feedback de ce que l’on fait», se targue-t-il.  Un des feedback de ce travail qu’il fait depuis cinq ans avec passion, est venu de l’Ong African foundation awards le 20 juillet 2013. Cette organisation a sacré le jeune journaliste, «meilleur bloggeur de l’année 2012». Une distinction qui de son avis, l’oblige en quelque sorte à rester fidèle à ses nombreux lecteurs, qui se recrutent aujourd’hui dans les quatre coins du monde. En témoigne, les réactions et commentaires laissés par les internautes. Une visibilité qu’il a acquise grâce aux réseaux sociaux (facebook, tweeter etc.) où il est aussi inscrit. Récemment, le jeune bloggeur a acquis son nom de domaine,  www.frankwilliam.com grâce à ses nombreuses publications et visites dans son blog.

L’accès à Internet reste la grosse difficulté à laquelle il fait face en plus de la méfiance des entreprises locales qui, «ne comprennent pas encore l’importance des blogs pour leur politique commerciale». Il ne désarme cependant pas, parce que dit-il, « je blogue d’abord par passion, l’argent viendra certainement après». En attendant, l’ex transfuge de La Nouvelle Expression, licencié en communication sociale de l’Université de Douala, prête ses services, au Journal Emergence, Mosaïques et magazine Inmag. Juste de quoi joindre les deux bouts !

Adeline TCHOUAKAK

Edouard Tamba : «Le blog est un bon exutoire pour le journaliste»

Spécialiste des réseaux sociaux, Edouard Tamba a ouvert son blog en 2007. Pendant deux ans, il a été journaliste au quotidien Le Messager et bloggeur. Quelques-uns de ses articles en Technologie de l’information et de la communication, lui ont permis de remporter deux awards durant la conférence Highway Africa en 2009. Il confie dans cet entretien, la nécessité pour un journaliste camerounais d’avoir un blog de nos jours.

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Quel est l’intérêt pour un journaliste camerounais d’avoir un blog sur le web de nos jours ?

Le blog est une sorte de journal personnel. On y exprime ses opinions. Le journaliste camerounais peut donc être accessoirement bloggeur afin de pouvoir dire ce qu’il pense de certains sujets. Des points de vue qui ne peuvent être publiés par son employeur pour diverses raisons. En le faisant, il se met en avant. Prouve qu’il existe au-delà du journal qui l’emploi. Si les contenus attirent assez de monde, il gagne en notoriété. Ce n’est pas mauvais pour une carrière. Car cela peut lui ouvrir d’autres portes. En plus, le trafic sur son blog peut lui rapporter de l’argent via la publicité.

 

Compte tenu des conditions dans lesquelles ils exercent, est-ce qu’il est évident pour eux de les alimenter régulièrement ?

Pour être bloggeur, il y a trois conditions à réunir. D’abord il faut déjà avoir accès à internet; cela permet d’ouvrir un blog, d’y publier des contenus et faire d’autres tâches d’administration comme la modération des commentaires. Ensuite, il faut avoir des sujets pour développer des contenus. Enfin, il faut avoir envie, être passionné.  Il me semble que seul le premier paramètre ne dépend pas du journaliste. Deux choses peuvent l’empêcher d’accéder à internet. Soit il exerce dans une rédaction qui a des soucis d’accès à internet, soit son salaire précaire ne lui permet pas de dégager un budget lui permettant de s’offrir une connexion internet. Et même les deux à la fois très souvent.

Est-ce que le fait pour un journaliste d’avoir un blog fait nécessairement de lui, un bon journaliste du 21ème siècle ?

Non. Il n’y a, à mon avis, aucun rapport. L’un est possible sans l’autre. Encore faut-il définir la notion de «bon journaliste». De mon point de vue, le bon journaliste c’est celui qui respecte les canons en termes d’éthique et de déontologie, met ses savoirs à jour et a une belle plume. Le journaliste correspondant à cette description peut se passer d’un blog tout en restant connecté à son époque.

Entretien avec Adeline TCHOUAKAK

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8  001 Commentaires

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