Accueil Non classé Jules Kamdem : «L’Afrique Centrale gagnerait à imiter le modèle Ouest africain»

Jules Kamdem : «L’Afrique Centrale gagnerait à imiter le modèle Ouest africain»

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D’origine camerounaise, le promoteur du festival Gabao était de passage au Cameroun, pour la restitution de la 12ème édition de cet évènement annuel. Il évoque dans cet entretien, les insuffisances des promoteurs de spectacles au Cameroun, pourquoi les artistes camerounais sont de moins en moins présents sur le festival et quelques pistes de solutions pour une véritable émergence culturelle en Afrique Centrale.

Jules Kamdem

Quel bilan faites-vous de la 12ème édition du Gabao qui vient de s’achever ?

Tout s’est bien passé mais les choses ont été un peu difficiles sur le plan financier. Nous avons enregistré un déficit de plus de 3 millions. A cause des déprogrammations de dernière minute dues a la psychose de l’épidémie Ebola.  Egalement le ministère de la culture du Gabon a réduit de 85% notre enveloppe. Elle est passée de 50 000 000 Fcfa à 6 000 000 Fcfa. Que fallait-il faire ? Organiser le festival avec les moyens de bord grâce à l’appui de quelques partenaires.

Pourquoi depuis quelques années, les artistes camerounais sont de moins en moins présents sur le festival Gabao ?

Ce n’est pas parce que je suis camerounais qu’il faut absolument que les camerounais y soient. C’est un festival international donc si les camerounais ne sont pas là et qu’il y a des artistes Congolais, Angolais, Tchadiens, Polonais, Français etc. ca va. La programmation reste internationale. Ils font pourtant la demande mais il y a des critères qui rentrent dans la sélection. La qualité du produit, l’impact que l’artiste peut avoir sur mon public et les opportunités. Depuis trois ans, j’essaie d’avoir le groupe X-Maleya, je n’arrive pas soit à cause de leur calendrier soit parce que je n’arrive pas à satisfaire leur demande financière. Cette année, tout était calé mais j’ai décalé à la dernière minutes le festival et ça se faisait au même moment que leur Olympia. A coté d’eux, j’ai en  moyenne 40 artistes qui souhaitent venir alors que leur musique n’est pas intéressante. Certains sont intéressants mais impossible pour moi de les prendre en charge.

Ça fait douze ans que vous tenez malgré les difficultés alors que partout en Afrique, les festivals meurent à peine nés. Quels est le secret de votre résistance?

C’est la passion. Je suis endetté à des degrés que vous ne pouvez pas imaginer. Je porte mon projet. Et puis, le Gabao est né d’une vision. Je suis exactement comme quelqu’un qui fait son enfant et a le devoir de se battre pour subvenir aux besoins de cet enfant là. Le parent peut s’endetter pour que l’enfant aille à l’école, il peut passer outre ses principes pour le bien de cet enfant. C’est le cas du Gabao. L’Afrique centrale mérite d’avoir un évènement culturel de cette envergure. Et je dois mourir pour cela, je le ferai.

Est-ce que ce principe de passion n’est pas contradictoire aux exigences de rentrées pécuniaires énumérées plus haut ?

L’histoire du Gabao est très simple. On a eu beaucoup de sous. Je ne suis pas du genre à gaspiller de l’argent. J’en ai suffisamment mis de côté. Quand on programmait un musicien comme Richard Bona, on payait six mois plutôt. C’était ainsi de 2003 à 2006. De 2007 à 2009, c’était le sommet parce que j’avais mis mon trésor de guerre de côté. Derrière chaque délégation d’artistes, il y avait un journaliste de son pays. Après 2009, on a eu un gros souci. Le président Omar Bongo est mort à deux jours du Festival. 80% de mes invités était là. Perte sèche. Pas de festival et je dois en plus garder les gens parce que les frontières sont fermées. Et je me rends compte en lisant mon contrat avec la société de téléphonie mobile que je suis obligé d’organiser l’évènement sinon, je dois rembourser. Donc, je refais le Gabao au mois d’août dans le même budget pour être à l’abri des poursuites judiciaires.  Les deux années qui suivaient, au lieu de prendre conscience de mes moyens limités, j’ai voulu maintenir les têtes d’affiches. Or je ne faisais que m’enfoncer. J’ai finalement compris qu’il faut plutôt vendre la marque Gabao avec une star, structurer davantage l’évènement avec des tables-rondes, la danse, le Slam etc. en fonction des moyens et des opportunités.

Est-ce qu’il vous arrive de partager votre expérience avec des organisateurs de festival au Cameroun ?

Plusieurs fois. Par exemple Douala Hip Hop, je suis venu l’année dernière par mes propres moyens l’année dernière. Je leur ai donné mon avis sur plusieurs points. J’ai aussi donné un coup de mains à certains artistes. Mais au final, nous sommes dans la même merde. Nous gagnerons en Afrique Centrale à travailler ensemble. Il faut qu’on arrive à intégrer la nécessité de collaborer en synergie. Les bailleurs de fonds aujourd’hui, orientent plus leurs financements sur des projets portés par des structures.

Pourquoi en Afrique de l’Ouest, les organisateurs de festival réussissent mieux ?

La grosse différence entre nous, c’est qu’en Afrique de l’Ouest, les pouvoirs publics ont compris la nécessité d’accompagner les incitatives culturelles. Mais cela ne suffit pas. Quand il faut défendre leurs intérêts, ils vont ensemble même si par la suite, ils peuvent se faire la guerre. C’est ce que nous devons faire. Que nous tenions un même discours et ayons des objectifs communs, pour créer le contrepoids. Mais si nous sommes des bourreaux les uns pour les autres, ça ne peut pas marcher. Nous ne rendons pas service au secteur. En Afrique de l’Ouest, les gars savent taire leurs différends face aux étrangers. Or chez nous, tout le monde sait tout.

Est-ce que par patriotisme, vous n’auriez pas voulu organiser ce festival au Cameroun ?

Je ne suis pas convaincu qu’au Cameroun, ce serait plus facile. Tout le monde sait tout. L‘environnement est plus favorable. Quand on arrive avec des dossiers de demande de financement à l’Oif (Organisation internationale de la francophonie Ndlr), il y a des centaines de dossiers qui viennent du Cameroun et moins du Gabon. J’ai plus de chance d’être soutenu. Plusieurs fois, je suis arrivé, on m’a dit, enfin un projet du Gabon. C’est quand je présente mon passeport qu’on sait que je suis camerounais.

Le fait d’être camerounais vous a-t-il souvent desservi ?

Oui mais je refuse de le prendre mal. C’est des situations qui nous permettent de nous surpasser. J’en parlais une fois avec le grand-frère, Amobe Mevegue et il me disait, toi encore tu as la chance d’être dans un environnement noir où la différence n’est pas frontale. Après, il m’a conseillé de travailler pour faire tomber des barrières. Aujourd’hui, toutes ces barrières sont tombées. Je refuse d’en faire un problème.

Propos recueillis par Adeline TCHOUAKAK

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311 Commentaires

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